En France, des millions d’hectares de colza, de tournesol ou de féverole poussent chaque année dans les champs. Derrière les recommandations que reçoivent les agriculteurs, les variétés testées, les alertes ravageurs, il y a souvent le même nom : Terres Inovia.
Un institut technique discret, mais omniprésent dans le quotidien des producteurs de cultures riches en huile et en protéines.
Né en 2015 de la fusion du CETIOM – qui travaillait sur les oléagineux depuis 1957 – et des services techniques de l’UNIP dédiés aux protéagineux, l’institut a rapidement intégré l’expertise sur le chanvre héritée de l’ITC.
Résultat : une structure unique en Europe, capable de couvrir l’ensemble de la filière des plantes riches en huile et en protéines, du champ jusqu’à la première transformation.
Avec 200 collaborateurs, 19 implantations sur tout le territoire et plus de 100 projets de recherche actifs en France comme en Europe, Terres Inovia s’est imposé comme une référence incontournable pour les agriculteurs, les techniciens et les pouvoirs publics.
Qui est le directeur de Terre Inovia ?
Depuis le 1er octobre 2015, c’est Laurent Rosso qui tient les rênes de l’institut. Normalien, docteur en biométrie, ingénieur général des Ponts, des Eaux et des Forêts – son parcours donne un peu le tournis.
Avant d’arriver à Terres Inovia, il avait notamment dirigé l’École Nationale du Génie Rural, des Eaux et des Forêts et occupé la direction adjointe d’AgroParisTech.
Il cumule par ailleurs la direction de Terres Univia, l’interprofession des huiles et protéines végétales, et la présidence de l’association 2BS.
En décembre 2025, il a présenté le tout premier cadre stratégique formalisé de l’institut, en insistant sur un point clé : mieux expliquer aux agriculteurs la valeur concrète de leur cotisation.
À ses côtés, Gilles Robillard préside le conseil d’administration, et Afsaneh Lellahi assure la direction adjointe depuis 2024, après avoir passé 17 ans chez Arvalis.
Terre Inovia colza : pourquoi le colza reste au coeur des travaux de l’institut ?

Le colza, c’est un peu la culture fondatrice de Terres Inovia. Le CETIOM travaillait dessus depuis sa création en 1957, et l’expertise accumulée est considérable.
Aujourd’hui, les équipes suivent de près tout ce qui touche à la gestion des ravageurs d’automne – altises, méligèthes – qui peuvent ruiner une campagne si on n’anticipe pas.
L’institut a notamment développé un simulateur permettant d’évaluer le risque d’apparition de résistances selon les pratiques herbicides utilisées. Un outil concret, directement utilisable par les techniciens sur le terrain.
Les travaux portent aussi sur l’adaptation des itinéraires techniques face au réchauffement climatique et sur le développement du semis direct sous couvert végétal.
Terre Inovia tournesol et soja : comment Terres Inovia accompagne la souveraineté protéique ?
La France importe encore une grande partie des protéines végétales dont elle a besoin, notamment pour l’alimentation animale. C’est précisément là que Terres Inovia joue un rôle stratégique, en accompagnant le développement du soja et du tournesol sur le territoire.
Pour le tournesol, culture d’été naturellement plus résistante à la sécheresse que le colza, l’institut produit des références sur le choix variétal, les dates de semis optimales et la maîtrise des maladies comme le sclérotinia. Une culture qui regagne des surfaces chaque année dans le Sud-Ouest et le Bassin parisien.
Pour le soja, l’enjeu est encore plus fort. Terres Inovia co-pilote le programme Cap Protéines aux côtés de l’Institut de l’Élevage, dans le cadre du Plan Protéines national lancé par France Relance. L’objectif : structurer une filière soja française compétitive, de la sélection variétale jusqu’à la valorisation industrielle.
Terre Inovia féverole et pois : des légumineuses enfin remises au premier plan

Pendant des décennies, la féverole et le pois ont été considérés comme des cultures secondaires. Ce temps est révolu. Avec la pression croissante sur les importations de protéines végétales et les enjeux environnementaux, ces légumineuses reviennent en force dans les rotations françaises.
La féverole – disponible en version d’hiver et de printemps – présente un atout agronomique majeur : elle fixe l’azote atmosphérique, ce qui réduit mécaniquement les besoins en fertilisants de synthèse sur la parcelle suivante.
Terres Inovia travaille à l’identification de variétés mieux adaptées aux printemps plus chauds et plus secs.
Le pois, quant à lui, s’intègre parfaitement dans les rotations à dominante céréalière. L’institut produit des références techniques pour chaque grand bassin pédoclimatique français, ce qui permet aux techniciens de conseiller avec précision selon la région et le type de sol.
Le programme Cap Protéines+ pousse encore plus loin cette logique d’accompagnement à l’échelle de l’exploitation.
Terre Inovia lin et chanvre : deux cultures techniques aux débouchés étonnamment variés
Le lin oléagineux n’est pas seulement une belle fleur bleue dans les champs. C’est une culture riche en acides gras oméga-3, avec des débouchés en alimentation humaine et animale qui progressent régulièrement.
Terres Inovia travaille sur l’optimisation des itinéraires techniques – qu’il s’agisse du lin d’hiver ou du lin de printemps – et sur la valorisation de l’huile extraite.
Le chanvre, lui, a une histoire un peu particulière au sein de l’institut. Intégré dès 2011 via la fusion avec l’Institut Technique du Chanvre, il couvre des débouchés industriels très diversifiés : fibres pour le bâtiment, graines pour l’alimentation, produits cosmétiques.
Le financement des travaux passe notamment par l’interprofession Interchanvre. Une filière en pleine structuration, et Terres Inovia est au premier rang pour en poser les bases techniques solides.
Comment l’institut accompagne-t-il les agriculteurs au quotidien ?

Au-delà de la recherche, Terres Inovia, c’est aussi 40 techniciens et ingénieurs répartis dans un réseau de 11 stations d’expérimentation.
Ces équipes conduisent des essais en conditions réelles, en agriculture conventionnelle comme en agriculture biologique, pour produire des références qui collent vraiment aux réalités du terrain.
Les résultats sont diffusés via des fiches variétales, des guides de culture et les fameux « Jeudis de TI » – des webinaires courts, accessibles en ligne, sur des sujets très concrets comme les biostimulants ou les stratégies de désherbage.
L’outil est gratuit, dure une demi-heure, et permet de se mettre à jour sans décrocher du travail.
L’institut propose aussi des formations certifiantes animées par ses propres experts. Un vrai atout pour les techniciens de coopératives ou de chambres d’agriculture qui veulent monter en compétences sur des cultures spécifiques.
Quels défis Terres Inovia va-t-il devoir relever dans les prochaines années ?
En décembre 2025, Laurent Rosso a présenté un cadre stratégique inédit, organisé autour de quatre piliers.
- Premier pilier : renforcer la souveraineté française en huile et en protéines végétales.
- Deuxième pilier : accompagner la transition vers des systèmes agricoles à la fois productifs et respectueux de l’environnement.
- Troisième pilier : préparer les cultures aux conséquences du changement climatique.
- Quatrième pilier : éclairer les décisions de la filière et des pouvoirs publics avec des données fiables et indépendantes.
Ce dernier point est peut-être le plus stratégique. Dans un contexte où les débats sur les pesticides, les protéines végétales ou la souveraineté alimentaire font l’objet de décisions politiques parfois hâtives, avoir un institut technique indépendant capable de produire des données solides devient un atout précieux pour toute la filière.
L’identité visuelle de Terres Inovia a d’ailleurs été modernisée en même temps que ce cadre stratégique, avec une nouvelle signature qui résume bien l’ambition : « Ouvrons la voie aux solutions d’avenir ». Une formule qui sonne moins comme un slogan que comme une vraie feuille de route pour les années à venir.