D’un côté, la pizza napolitaine, souple et gonflée comme un coussin d’air. De l’autre, la romaine, fine et croustillante. Entre les deux, une jungle de farines : T45, T55, 00, Manitoba, sans gluten… bref, de quoi perdre son latin avant même d’allumer le four. Alors, quelle farine choisir pour réussir la pizza de vos rêves ?
Quelle est la différence entre les farines françaises et italiennes ?
En France, on classe les farines selon leur taux de cendres : T45, T55, T65… Plus le chiffre est élevé, plus la farine est complète. En Italie, le système est différent : la “Tipo 00” est la plus fine, la “Tipo 0” un peu moins. Mais le vrai secret réside dans la force de la farine, symbolisée par le fameux indice W.
Une farine avec un W de 180 à 220 donne une pâte souple, parfaite pour une cuisson rapide. Entre 260 et 300, on entre dans la catégorie “pizzeria” : idéale pour les maturations longues et les pizzas napolitaines. Certaines farines professionnelles montent même à W 350, parfaites pour des fermentations de 72 heures.
Quelle farine choisir pour la pâte à pizza du quotidien ?

Si vous préparez votre pâte le matin pour le soir, oubliez la farine de pâtisserie. Une T55 ou une farine italienne de type 00 avec un W autour de 240–260 fera parfaitement l’affaire. Elle supporte une hydratation de 60 à 65 %, ce qui offre une mie moelleuse et légèrement alvéolée.
Pour ceux qui aiment planifier, ajoutez un peu de Manitoba – une farine très forte et riche en gluten – à raison de 20 %. Elle aide la pâte à mieux se développer pendant les longues fermentations au réfrigérateur (24 à 48 h). Et c’est aussi une excellente alliée contre les pâtes molles ou “raplapla”.
Quelle farine utiliser pour la pizza napolitaine ?
La vraie pizza napolitaine se cuit à 480 °C pendant 60 à 90 secondes. Pour résister à une telle chaleur, il faut une farine italienne Tipo 00 conçue pour des fermentations longues et une grande élasticité. Des moulins comme Caputo, Le 5 Stagioni ou Mulino Marino proposent des versions “Pizzeria” ou “Cuoco” calibrées à W 280–300.
C’est cette élasticité qui permet la fameuse cornicione gonflée, ce rebord doré et moelleux qui fait rêver les puristes. Et si vous avez un four domestique, pas de panique : baissez juste un peu l’hydratation et prolongez la cuisson à 250 °C pendant 6 à 8 minutes.
Quelle farine pour une pizza au feu de bois ?

Le feu de bois ne pardonne pas. À 450–500 °C, une farine trop sucrée ou trop fine brûlera en quelques secondes. Il faut donc une farine 00 “spéciale pizza”, résistante à la chaleur, avec un bon équilibre entre
protéines et amidon.
Les pros choisissent souvent des farines enrichies en malt ou légèrement torréfiées, car elles favorisent la couleur dorée sans noircir. À la maison, vous pouvez reproduire ce résultat en ajoutant une pincée de sucre dans la pâte et en cuisant sur une pierre ou un acier préchauffé.
Quelle farine pour une pizza romaine, fine et croustillante ?
La pizza romaine – qu’elle soit “al taglio” (en plaque) ou “alla pala” (à la pelle) – mise sur le contraste : fine, croustillante à l’extérieur, aérée à l’intérieur. Pour cela, on utilise une farine forte (W 300 et plus), capable de supporter des hydratations élevées (jusqu’à 80 % d’eau).
Ce taux d’hydratation impressionnant donne cette texture légère et aérienne. Si vous n’avez pas ce type de farine, mélangez 80 % de T55 et 20 % de Manitoba : le résultat s’en rapprochera beaucoup. Et n’oubliez pas, plus la pâte repose, plus la magie opère.
Quelle farine pour une pizza bien croustillante ?

Vous aimez les pizzas qui “craquent” sous la dent ? Dans ce cas, visez une farine plus forte (W 260–300) et augmentez légèrement l’huile d’olive dans la pâte. L’huile va imperméabiliser la croûte et accentuer le croustillant. C’est la petite astuce des pizzaiolos de bistrot.
Autre secret : une cuisson sur pierre réfractaire ou acier, bien préchauffé pendant au moins 45 minutes à 250–280 °C. Ce choc thermique assure une base dorée et ferme, loin de l’effet “chausson ramolli” qu’on redoute tous.
Quelle farine pour une pizza sans gluten ?
Bonne nouvelle : la pizza sans gluten n’a plus rien d’un compromis. Les mélanges modernes à base de riz, maïs et d’amidons modifiés donnent d’excellents résultats. Certains ajoutent du psyllium ou de la gomme de xanthane pour imiter l’élasticité du gluten.
Un bon mix sans gluten supporte jusqu’à 90 % d’hydratation et donne une pâte souple, légèrement collante au départ, mais très agréable à travailler après repos. Et si vous voulez un goût plus authentique, ajoutez un peu de farine de châtaigne ou de sarrasin : l’arôme grillé fait des merveilles.
Quelle farine pour que la pizza ne colle pas ?

La vérité, c’est que la pâte colle moins à cause de la farine qu’à cause de l’hydratation et du temps de repos. Trop d’eau, et c’est la galère sur la pelle. Pas assez, et la pâte perd son moelleux. L’équilibre parfait ? Autour de 65 %.
Pour le façonnage, saupoudrez un mélange de semoule fine et de farine de riz. Ces grains roulent comme du sable et empêchent la pâte d’adhérer. Les pros l’appellent “farine de semoulage” – un détail, mais qui change tout au moment d’enfourner.
Les farines professionnelles ont-elles un vrai avantage ?
Oui, clairement. Les farines professionnelles ne sont pas seulement plus chères : elles sont surtout plus stables et plus prévisibles. Leur force W est garantie, leur taux de protéines régulier, et elles sont moulues pour des maturations longues.
C’est ce qui permet à un pizzaiolo de préparer 200 pâtons la veille sans qu’aucun ne se comporte différemment le lendemain. Pour une pizza maison occasionnelle, ce n’est pas indispensable, mais si vous êtes du genre à sortir la balance tous les week-ends, ça vaut l’investissement.
Faut-il utiliser une T45 ou une T55 ?

Entre T45 et T55, la seconde gagne sans suspense. La T45 est trop légère, trop pauvre en gluten : elle donne une pâte qui s’étale mal et qui cuit sans relief. La T55, plus robuste, retient mieux les gaz de fermentation, donc plus de bulles et de volume.
Pour une pizza maison équilibrée, une T55 enrichie en gluten ou un mélange 80 % T55 + 20 % Manitoba fonctionne très bien. Mais si vous tombez un jour sur un sac marqué “farine spéciale pizza”, foncez : elle est conçue pour ça.
Choisissez votre farine en 30 secondes
| Style de pizza | Type de farine | Force (W) | Cuisson |
|---|---|---|---|
| Napolitaine | Tipo 00 “Pizzeria” | 260–300 | 60–90 s à 480 °C |
| Romaine (alla pala) | Farine forte ou mix “Teglia” | 300–350 | 8–10 min à 300 °C |
| Croustillante maison | T55 + Manitoba | 260 | 6–8 min à 250 °C |
| Sans gluten | Mix riz/maïs/amidon | – | 8–10 min à 230 °C |
En somme, la farine, c’est un peu la personnalité de votre pizza. La napolitaine préfère la souplesse, la romaine la tenue, la maison la polyvalence. Alors, testez, goûtez, ajustez. Après tout, chaque four a sa vérité… et chaque pizza son secret.