Une cinquantaine d’habitants, pas de distributeur à moins de 50 kilomètres, et des routes qui disparaissent sous la boue la moitié de l’année.
Churca n’est pas un village que l’on visite par hasard. C’est un endroit que l’on choisit délibérément, en sachant exactement dans quoi on s’engage.
Churca au Pérou : de quel village parle-t-on?
Churca se situe dans la province de La Mar, au cœur de la région d’Ayacucho, à environ 70 kilomètres à l’est de la ville éponyme.
Le village est perché à 3 300 mètres d’altitude, dans l’étage écologique que les géographes appellent les forêts de nuages – une zone où les températures chutent brutalement dès que le soleil disparaît, même en plein juillet.
La communauté compte une cinquantaine d’habitants. La langue dominante est le quechua, avec quelques notions d’espagnol chez les plus jeunes ou ceux qui ont transité par Ayacucho.
Ce détail n’est pas anecdotique : il conditionne entièrement la qualité des échanges que vous pourrez avoir sur place.
Le nom du village vient du quechua chullcu, dont dérive churca ou churco selon les variantes dialectales. Ce type d’étymologie est courant dans les Andes, où les noms de lieux décrivent souvent une caractéristique du terrain, d’une plante locale ou d’un usage agricole.
La communauté pratique l’ayni, ce principe de réciprocité andine qui régit les échanges de travail et de ressources entre familles – une logique collective très concrète, visible dans les chantiers collectifs et les semailles.
Vie quotidienne et économie locale

L’économie du village repose sur trois piliers qui s’articulent selon les saisons. Le premier est l’agriculture : maïs et pommes de terre natives, cultivés sur des terrasses andines que les habitants entretiennent depuis des générations.
Les variétés locales de pomme de terre ne ressemblent en rien aux tubercules calibrés des supermarchés – certaines ont une peau violette presque noire, d’autres une chair jaune dense et farineuse.
L’élevage de lamas et d’alpacas complète les revenus. Ces animaux servent à la fois de bêtes de somme et de source de laine. C’est là que le troisième pilier entre en jeu : le textile.
Les femmes de Churca tissent sur des métiers traditionnels des pièces dont les motifs ne sont jamais décoratifs au sens occidental du terme.
Chaque symbole renvoie à un cycle agricole, à une constellation liée aux semailles, ou à une relation familiale codifiée par des générations.
La laine d’alpaca et de lama, travaillée à la main depuis le filage jusqu’à la teinture avec des pigments naturels, donne des textiles d’une densité remarquable.
Ce savoir-faire attire aujourd’hui quelques acheteurs spécialisés, mais reste largement en dehors des circuits commerciaux classiques.
Comment rejoindre Churca depuis Lima ou Ayacucho?
Le trajet commence presque toujours par Lima. Depuis la capitale péruvienne, un vol intérieur vers Ayacucho dure environ une heure et coûte autour de 75 euros (environ 80 dollars US au taux de janvier 2025) selon les compagnies locales.
C’est l’option la plus rapide pour éviter les 9 à 10 heures de bus depuis Lima.
Depuis Ayacucho, les options sont les suivantes :
- Collectivo en saison sèche (mai-septembre) : 3 à 4 heures de trajet, entre 20 et 30 soles péruviens par personne. Ces taxis collectifs partagés partent quand ils sont pleins, pas à heure fixe.
- Véhicule privé depuis Ayacucho : comptez 150 à 200 soles pour louer un 4×4 avec chauffeur. Ce mode est conseillé si vous transportez du matériel ou si vous partez à plusieurs.
- Saison des pluies (octobre-avril) : l’accès devient très difficile, parfois totalement impraticable. Les pistes se transforment en torrents de boue. Plusieurs voyageurs ont dû rebrousser chemin à mi-route faute de pouvoir avancer.
La fenêtre idéale se situe entre mai et septembre. Juillet et août offrent les conditions les plus stables, mais aussi les nuits les plus froides à cette altitude.
Séjourner à Churca : chez l’habitant à moins de 15 euros par jour

Il n’existe pas d’hôtel à Churca. Le seul mode d’hébergement disponible est le logement chez l’habitant, pour un tarif qui tourne entre 8 et 13 euros par jour tout compris – soit 30 à 50 soles péruviens incluant la chambre et les repas.
C’est peu en chiffres absolus, mais c’est l’intégralité de ce que le village peut offrir.
Préparez votre budget en cash avant de partir. Aucun distributeur automatique n’existe dans un rayon de 50 kilomètres.
Si vous arrivez sans liquide, vous ne pourrez ni payer votre hébergement ni acheter quoi que ce soit sur place.
La durée minimale recommandée est de trois jours. En dessous, vous passez la majorité du temps à vous acclimater à l’altitude et à trouver vos repères.
Cinq jours permettent de vraiment s’installer, de participer à certaines tâches agricoles si les habitants vous y invitent, et de comprendre le rythme du village.
Quelques points pratiques à anticiper :
- Apporter des médicaments contre le mal des montagnes (acétazolamide sur prescription médicale, ou coca en vente libre au Pérou)
- Prévoir des vêtements chauds pour les nuits, même en été austral
- Emporter quelques provisions non périssables en cas d’imprévu logistique
- Apprendre quelques mots de quechua de base : allianchu (comment allez-vous?), añay (merci) – l’effort est toujours bien reçu
Churca reste un village pour voyageurs qui acceptent l’inconfort
Soyons directs : Churca ne correspond pas au profil d’un séjour « dépaysant mais confortable ». L’altitude de 3 300 mètres se fait sentir dès les premières heures – essoufflement à l’effort, maux de tête, parfois nausées.
Il faut compter 24 à 48 heures d’acclimatation avant de fonctionner normalement.
La barrière linguistique est réelle. Le quechua n’est pas une langue que vous apprendrez en quelques jours de voyage.
Sans intermédiaire parlant espagnol, les échanges restent limités à des gestes, des sourires et quelques mots isolés. Ce n’est pas un obstacle insurmontable, mais cela change profondément la nature de l’expérience.
L’infrastructure touristique est inexistante – pas de panneau de signalisation, pas de carte disponible sur place, pas de guide local agréé. Vous dépendez entièrement de la bonne volonté des habitants pour vous orienter.
Le profil du voyageur qui tire quelque chose de Churca est assez précis : quelqu’un qui accepte de ne rien contrôler, qui trouve de l’intérêt dans l’observation silencieuse, et qui ne mesure pas la valeur d’un séjour au nombre d’activités cochées.
Churca ne se visite pas. Elle s’habite, le temps de quelques jours, avant de vous rendre à votre propre vie – légèrement différent de ce que vous étiez en arrivant.