Une rivière de montagne équatorienne alimente en eau potable près de 500 000 personnes et se retrouve, en juin 2025, reconnue comme sujet de droits par un tribunal.
Deux réalités qui semblent appartenir à des registres différents, mais qui racontent la même histoire : celle d’un cours d’eau fragile dont la survie conditionne celle de toute une région.
Géographie du Río Irquis dans la province d’Azuay
Le Río Irquis coule dans la province d’Azuay, au sud de l’Équateur, à une altitude de 2 655 mètres selon les données de GeoNames.
Ses coordonnées géographiques sont précises : latitude -3,0833333 / longitude -79,1166667, soit un positionnement dans les contreforts andins, entre les hautes terres humides et la vallée interandine.
La microcuenca associée présente une morphologie allongée, dite rectangulaire oblongue, orientée nord-ouest/sud-est.
Sa superficie atteint 44,95 km² pour un périmètre de 45,54 km, avec une cote maximale de 3 869 mètres et une cote minimale de 2 643 mètres.
Ce dénivelé de plus de 1 200 mètres explique la dynamique torrentielle du cours d’eau en saison des pluies.
Le Río Irquis s’intègre dans le sous-bassin du Río Tarqui, lui-même affluent du système hydrographique qui irrigue la région de Cuenca.
Depuis la capitale provinciale, la vallée est accessible en moins d’une heure : environ 40 à 50 kilomètres au sud-ouest par la route.
Quel rôle joue ce bassin versant pour l’approvisionnement en eau de la région?

Le bassin Yanuncay-Irquis est officiellement protégé depuis 1985. L’Accord Ministériel 292, publié au Registre Officiel n° 255 du 22 août 1985, a établi l’Aire de Forêt et Végétation Protectrice qui couvre environ 4 100 hectares.
Ce statut a été réformé en septembre 2015, sans toutefois réduire la surface protégée.
Ce qui justifie une telle protection, c’est le volume de population qui dépend directement de ces eaux : près de 500 000 habitants de la province d’Azuay s’approvisionnent grâce à ce bassin.
Cela place l’Irquis parmi les ressources hydriques les plus critiques du pays, bien au-delà de son gabarit modeste.
Le débit varie fortement selon les saisons. La période humide, de décembre à mars, génère des crues rapides dans la vallée encaissée.
La saison sèche, de juin à septembre, correspond à des niveaux plus stables. Cette saisonnalité influe directement sur la gestion des captages d’eau potable en aval.
Le Río Irquis reconnu sujet de droits : ce que dit la décision de 2025
Le 27 juin 2025, le tribunal du canton de Cuenca a rendu une décision historique dans le dossier Juicio No 01204-2024-06520 : le Río Irquis devient le premier cours d’eau du canton reconnu sujet de droits.
Ce jugement fait suite à un épisode de pollution grave qui avait coupé l’accès à l’eau potable des communautés de Tarqui et de Victoria del Portete pendant 48 heures.
La reconnaissance comme sujet de droits s’appuie sur la Constitution équatorienne de 2008, qui reconnaît les droits de la Nature – la Pachamama.
Ce cadre juridique, unique au monde à l’époque de son adoption, permet à une rivière de bénéficier d’une protection juridique active, au-delà du simple statut de ressource à gérer.
Concrètement, la sentence impose trois obligations : la restauration écologique du cours d’eau, la construction d’un mur ou d’une digue destinée à prévenir les glissements de terrain sur les berges, et la plantation de 300 végétaux natifs le long du lit.
Ces mesures visent à réparer les dommages identifiés dans le dossier judiciaire tout en prévenant de nouvelles dégradations.
Quelles menaces pèsent concrètement sur le Río Irquis?

Le dossier judiciaire de 2024-2025 a mis en lumière des activités illicites sur les berges, à l’origine du déversement polluant.
Sans que les détails complets du dossier soient publics, la sentence pointe clairement des interventions humaines non autorisées dans la zone protégée, compromettant la qualité de l’eau en aval.
Les inondations de 2006 rappellent la vulnérabilité du secteur : en avril de cette année-là, les rivières Cumbe et Irquis sont sorties de leur lit, noyant des exploitations laitières et détruisant des habitations de la vallée.
Ce type d’événement devient plus probable lorsque la végétation des berges est dégradée, car les racines jouent un rôle direct dans la stabilisation des sols.
La pression agricole reste constante. Les pâturages pour l’élevage bovin – une activité dominante dans cette zone interandine – empiètent sur les zones tampon autour du cours d’eau.
La combinaison du piétinement animal, du ruissellement chargé en nitrates et de l’arrachage informel de végétation fragilise durablement les berges.
La vallée Yanuncay-Irquis attire aussi les randonneurs depuis Cuenca
Entre 2 400 et 3 200 mètres d’altitude, la vallée offre un cadre que peu de régions andines proposent à moins d’une heure d’une grande ville.
Les prairies de páramo, les ravins boisés et les vues sur les sommets environnants justifient l’intérêt croissant des marcheurs qui quittent Cuenca pour la journée.
La fenêtre idéale pour randonner s’étend de juin à septembre, lors de la saison sèche. Les sentiers restent praticables, la visibilité est bonne et les risques liés aux crues sont limités.
En dehors de cette période, les précipitations de décembre à mars rendent certains passages glissants et les rivières imprévisibles.
Depuis Cuenca, la logistique reste simple : la route qui remonte vers le sud-ouest atteint les premiers accès à la vallée en 40 à 50 minutes.
Ce Río qui alimente les robinets de 500 000 personnes est aussi, pour qui prend le temps de s’y rendre, une vallée où l’eau se voit encore couler librement entre les pierres – avant que les décisions des tribunaux n’aient eu à s’en mêler.